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N’étant ni gourou, ni directeur de conscience, je me suis toujours interdit de prescrire des mœurs, des modes de vies, des orientations sexuelles ou alimentaires.
D’aucuns ont pu légitimement et amicalement me le reprocher, mais je considère que la liberté de conscience existe et qu’il appartient à chacun d’adopter une éthique.

Je ne goûte guère la police des moeurs et de la pensée.

Sans une mutation comportementale, l’humanité n’aura été qu’une impasse évolutive et disparaîtra, victime de son hubris.
Néanmoins, je ne préconise nullement de la sauver par un éco-fascisme.
La Vie et la Liberté sont des valeurs indissociables.
J’entends “concept de liberté” dans le sens des mœurs, des idées et non dans celui des prévaricateurs spéculateurs des adorateurs du Marché.
Leur « liberté d’entreprendre sans entrave sociale et écologique » n’est qu’un paravent de liberté d’exploiter la Nature, l’Animal et l’Homme.

Mes chroniques veulent aider à réfléchir et je ne suis pas législateur de normes.

Ce point clairement affirmé, il faut constater que tout ce que nous faisons nous renvoie à des choix moraux personnels.
L’alimentation participe des modes de vies et comporte une dimension éthique indéniable.
Notre précieux Boris CYRULNIK cite la réflexion d’un homme d’une peuplade anthropophagique disant à un membre de sa tribu : « tu es si méchant que lorsque tu seras mort, personne ne voudra te manger ».
Oui, pour chacun de nous, il y a des choix, des interdits alimentaires.

Dans une société mature et démocratique, tout ceci pourrait se passer dans l’échange d’idées, la discussion pacifiée permettant l’élaboration d’éthiques constructives.
Mais l’humain, animal cupide, se révèle aussi animal sectaire.
En ces temps où l’on apprend qu’une surconsommation de viande -et en particulier de viandes rouges et transformées- est cancérogène, que l’élevage pollue, que les animaux destinés au commerce de la viande sont élevés dans des conditions concentrationnaires incompatibles avec leurs exigences biologiques et éthologiques, des remises en cause des us et coutumes fracturent la société.

Nombre de personnes modifient leur alimentation soit en supprimant la viande, soit en la réduisant, soit en renonçant à participer au commerce de tel ou tel produit issu de ce qu’ils considèrent comme de la maltraitance animale.
C’est là une question de conscience individuelle.

Le problème est que cette évolution en profondeur de la société heurte, d’une part, des intérêts économiques bien gardés, d’autre part, les esprits réactionnaires pour lesquels rien n’est bon que le passé.

Des sénateurs conservateurs organisent tapageusement des repas carnés pour flatter le maquignon et une France archaïque qui ne perdure que très marginalement.
Par penchant réactionnaire, la Droite politique se complaît dans cette nostalgie d’un temps où l’animal n’était que de la chair à fusil et de la viande sur pattes, où la virilité guerrière commençait par les bottes du chasseur, où l’on ne se préoccupait guère de la souffrance des animaux créés pour le service et les caprices des hommes.
Il se trouve même un animateur de parti politique égaré à gauche pour faire de la surenchère viandarde.

Je ne demanderai jamais à un Homme ce qu’il mange, pas plus que je ne l’interrogerai sur ses orientations sexuelles.
Mais je trouve minables ces petits leaders politiques qui se font gloire de manger du cadavre.
Qu’ils fassent ce qu’ils veulent.
Telle est leur liberté.
En revanche, qu’ils se servent de leur mépris pour l’Animal pour faire de la démagogie passéiste les avilit.

Marguerite YOURCENAR, végétarienne, affirmait ne pas « pouvoir digérer une agonie ».
Que dire de ces politiciens fossilisés qui affichent leur mépris des agonies !
Leur populisme passéiste ne fait que les discréditer.
Ils conchient volontiers les végans en fustigeant leur sectarisme.
Viandards beaufs et lourds, ce sont eux les sectaires.
Laissons chacun vivre comme il l’entend en éclairant les choix par des données éthiques, médicales et écologiques.

Du calme, messieurs les réactionnaires !
Bien sûr, le monde change sans vous et contre vous, mais vous vivez-là une constante historique.
Il y a toujours eu des esprits chagrins qui pensaient qu’hier, c’était mieux qu’aujourd’hui.
Vos nostalgies des guerres d’antan, de la chasse admise par tous, des abattoirs dans les rues ou les cours de fermes, du mépris de l’Animal, de la Femme et de l’Enfant accompagnent votre penchant pervers pour la rudesse vivifiante des anciens temps.

Vos nostalgies ne sont pas nôtres.
Elles portent, l’Histoire nous l’enseigne, le malheur des Hommes et endeuillent la Vie partout.
Notre époque n’échappe pas à ce combat perpétuel de l’ombre et de la lumière, du mieux contre la régression.

A propos : les augures annoncent que le 25 septembre, l’Italie tombera dans l’obscurantisme régressif.
Contemplons ce monde inquiétant : régimes autoritaires, crispations identitaires, fanatismes religieux ou nationalistes, rejet du souci d’empathie et de solidarité, redevenus à la mode comme dans les années 1930, annoncent de redoutables orages pour les pauvres humains, victimes d’eux-mêmes.

Cela prouve que le combat pour la vie et la liberté sera encore longtemps d’actualité pour peu que la planète tolère le « grand nuisible » prédateur, exploiteur, pollueur et semeur de mort, jusqu’à sa mutation comportementale.
Bref : muter ou disparaître, choisissez !

Gérard CHAROLLOIS
Convention Vie et Nature